Samedi à Tours, une étape importante a été franchie dans le chemin de 450 jours qui nous sépare de la présidentielle. L’arc de forces politiques « Front populaire 2027 » a annoncé la date du vote citoyen qui décidera du nom de celui ou celle qui sera notre candidat en 2027. Ce sera le 11 octobre 2026.
Quelques précisions.
Oui, les forces du « Front populaire 2027 », les Ecologistes, le PS, Génération’s, Debout et l’APRES ont pour ambition de convaincre de nouvelles forces, parties prenantes du NFP qui ne sont pas encore là. La porte reste donc ouverte.
Cette main tendue s’adresse aussi aux forces sociales, attachées à la démocratie, à l’écologie, au refus des discriminations, etc.. Nous voulons impulser un vaste courant d’opinion, mobilisant des millions de personnes, et d’abord au sein des 9 millions de votants NFP. Nous voulons qu’il exprime trois idées simples. Il faut un candidat commun de la gauche et des écologistes pour optimiser nos possibilités d’atteindre le second tour. Il est nécessaire qu’il ou elle incarne une stratégie en capacité de l’emporter face à l’extrême droite. Enfin, c’est à des millions de personnes d’en décider démocratiquement. L’entre soi d’aucune direction politique n’est en capacité de décider seule et de l’imposer aux autres.
Et le programme me direz-vous ? A ce jour, un seul nous a rassemblé : celui du NFP. Mais il doit être amélioré, réactualisé, popularisé et d’une certaine manière, aiguisé.
Depuis le succès médiatique de l’annonce de cette Primaire et ses modalités, nous avons constaté avec amusements les conservatismes médiatiques qui ont immédiatement émis des doutes et des persiflages sur notre entreprise. Comment s’en étonner ? Ils sont encore dans la rage de notre unité inattendue en juin 2024. Ils croyaient la victoire à portée de main, et elle leur a échappé. Pour paraphraser un grand écrivain, désormais ils n’aiment la gauche que quand elle est séparée en deux, voire trois, quatre, etc.. Notre division est leur bonheur et leur assurance vie. Leur ligne éditoriale est claire, tout faire pour valoriser ceux qui refuseront de reproduire un nouveau NFP : les tenants des « gauches irréconciliables » ou des « plus jamais untel ».
Mais, ce discours a aussi ses relais dans nos rangs. Il s’agit de ceux qui sont persuadés que la bataille pour l’union n’est pas nécessaire, voire contre-productive ou une perte de temps, puisqu’ils ont le grand talent et la ressource avec leur unique appareil, d’aller chercher une majorité dans le pays qui succombera à leur charme politique le temps d’une campagne électorale.
Auteur du livre « Le piège des Primaires », rédigé en 2016 lorsque Marine Le Pen n’avait jamais atteint le second tour, où le total gauche et écologistes représentait près de 45% et où l’échec du hollandisme au pouvoir était tel que le président sortant préférait ne pas se représenter, etc. je constate avec lucidité que la période a changé. A nouvelle période, nouvelle stratégie. La présidentielle de 2027 ne sera pas la reproduction de 2022. Et j’observe avec consternation que face à la montée inédite de l’extrême droite depuis 10 ans, son attraction sur la droite, et la possibilité de sa victoire, certains pourfendeurs de la Ve République refusent de prendre acte des réels rapports de force qui traversent notre société actuelle et semblent sombrer à présent dans un danger hélas tellement banal : le piège du présidentialisme et son ébriété sectaire inhérente.
Dès lors, pour 2027, pour éviter la catastrophe, il faut ouvrir un chemin crédible de victoire. Nous devons cultiver l’espoir, faire battre les cœurs et combattre les fatalismes ou les forfanteries qui dépriment les uns autant que les autres.
L’alternative est donc simple : stratégie des Primaires ou stratégie déprimante ?
Alexis CORBIÈRE